Droit à l’éducation : L’abandon des préjugés favorise la participation des filles dans mon école 

L’un des facteurs de la non-participation des filles dans la gestion des activités pédagogiques au sein du CEG ND est justement leur sous-estimation du fait de leur sexe. Les habitudes entretenues dans cette école trouvent leur source dans les croyances populaires en cours dans la zone.

Dans la conscience collective, on soutien entre autres qu’une fille n’a pas droit à la parole, que son point de vue n’est d’aucune utilité et qu’un garçon quel que soit son âge est toujours supérieur à la fille donc l’homme/garçon a plus de valeur.

Aussi, affirme-t-on que du fait de sa constitution physique, certains métiers ne lui sont pas réservés. Conséquence, cette pensée se transpose dans toutes les sphères de la vie sociale, au sein des familles, des communautés et même dans le système éducatif formel. Ce qui explique que l’on retrouve dans les lieux par excellence de la recherche du savoir c’est-à-dire les écoles, des formes de discrimination des filles en faveur des garçons.

C’est justement le cas du CEG ND il y a quelques temps. En effet, avant l’intervention du projet dans cet établissement, les filles se plaignaient du fait de leur orientation systématique vers les séries littéraires, l’insuffisance de leur implication et de la prise en compte de leur opinion dans les espaces d’expression réservés aux élèves à l’instar des séances de délibération en fin de trimestre et d’année, des conseils de discipline, des débats sur la vie de l’établissement en terme de prise de décision pour la bonne marche des affaires académiques.

A la faveur d’un incident auquel l’ONG CREUSET TOGO a contribué à gérer de façon efficace avec l’Action Sociale, les filles de cet établissement vont voir leur destin changé. A la lumière des déclarations faites par les élèves en l’occurrence les filles, des causeries éducatives ont été initiées au sein du Club d’Enfants en vue d’accroître leur pouvoir en soi ; ce qui leur a permis d’adresser un certain nombre de préoccupation des élèves notamment en ce qui concerne non seulement les châtiments corporels dont ils sont victimes mais aussi la prise en compte de l’aspect genre dans la gestion quotidienne de la vie scolaire.

Contexte

Dans la pensée populaire au niveau communautaire, les questions liées au genre ne sont pas encore une grande préoccupation. Certaines personnes soutiennent mordicus que l’homme/garçon est un être à pas long alors que la femme/fille est un être à pas court.

Ce qui induit des manières de se comporter vis-à-vis des filles on va dire des normes qui sont préjudiciables aux filles. Par exemple,  Il faut donner la priorité à l’éducation des garçons c’est-à-dire investir plus dans l’éducation des garçons, les garçons doivent aller plus loin dans les études, Il est dangereux d’investir dans l’éducation des filles parce qu’elles sont destinées au mariage, Il ne faut pas associer les garçons aux tâches domestiques, la femme n’a pas droit à la terre. Pis encore, quand il s’agit d’orienter les élèves après l’obtention de leur Brevet d’Etude du Premier Cycle (BEPC), les filles sont dirigées vers les séries littéraires A4, G1 etc.

Ce tableau peu reluisant de la situation des filles, atteste que malgré les sensibilisations entreprises par les organisations non gouvernementales et les efforts de l’Etat Togolais, il existe encore des personnes réticentes ou réfractaires au changement du fait soit du poids de la religion ou des pesanteurs dont les racines se trouvent dans les us et coutumes de nos communautés. Les actions en faveur de la gente féminine doivent donc se poursuivre afin de respecter les dispositions des articles 258 et 376 du code de l’enfant qui stipule que les enfants des deux sexes ont droit à l’éducation et qu’ils doivent être protégés contre toutes sortes de violences.

Eu égard à ce qui précède,  Plan International Togo et ses partenaires ont planifié et mis en œuvre le projet « Éducation Sensible au Genre et Sans Violence » dans  7 préfectures du Togo afin de contribuer à une éducation de qualité accessible à tous les enfants sans discrimination, surtout en faveur des filles. C’est dans cette perspective que des sensibilisations sont faites à travers des causeries éducatives au sein des clubs d’enfants et des sensibilisations de masses à l’endroit des leaders communautaires, religieux, parents et enseignants.

Quels ont été les résultats ?

Au sein de l’établissement, les filles étaient sous représentées quand il s’agit de discuter de la vie scolaire avec le personnel enseignant. On peut retrouver une seule fille parmi tant de garçons; et cela ne permettait pas à cette dernière de défendre la cause de ses camarades. Outre cela, les hommes y compris nos camarades élèves estimaient que la fille n’a pas droit à la parole, donc on la lui privait lors des discussions en classe ou sous le mât. L’autre chose, ce que au sein del’école, la plupart des professeurs sont des jeunes donc ils ne font qu’harceler les filles et ont tendance à les décourager à travers des agissements tels que des injures quand ellesrefusent leurs avances ou des retraits de notes. D’autres vont jusqu’à ajouter des notes sur les copies de devoir juste pour atteindre leur objectif. Malheureusement d’autres filles se laissent intimider parce qu’elles ne savent  à quel saint se vouer.

A présent, la tendance se renverse dans la mesure où ils savent qu’il y a l’œil extérieur sur eux suite à l’intervention du projet. De ce fait leur manière de faire a changé en matière de promotion du genre dans l’établissement. Les changements suivants sont visibles  :  encouragement des filles à être responsables de classe, à diriger la cérémonie de la montée des couleurs (le drapeau) ; la représentativité des filles en classe se fait remarquer (13 filles sur un effectif de 20 élèves dans certaines classes) comme dans les clubs (13 filles contre 12 garçons), pas de distinction entre les filles et garçons en terme de partage de paroles, la disposition même des élèves en classe ( une fille et un garçon par banc). Tous ces acquis sont des preuves que certaines considérations défavorables aux filles sont en train d’être bannies.

Ce changement est significatif parce que cela a permis de donner plus de chance aux filles de réussir au même titre que les garçons. En plus, elles sont moins harcelées maintenant ; les filles disposent progressivement du temps nécessaire pour s’occuper de leurs études. Mais ce n’est pas suffisant. Les sensibilisations doivent se poursuivre aussi bien à l’endroit du personnel que des élèves par rapport à l’orientation scolaire des filles vers les filières scientifiques et à la dénonciation des cas d’abus et d’harcèlement sexuel.

 

Témoignage 1 : « Les gens ont un autre regard sur moi parce que je suis fille; ils pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de moi. Cela  affectent la réalisation de nos droits et agissent sur les performances scolaires des élèves surtout nous les filles. Mais grâce au soutien de mes parents, j’arrive à m’en sortir. Nous même élèves, nous devons donner l’exemple lorsqu’il s’agit de l’égalité des sexes »Fille, âgée de 17 ans en classe de 1ere D

Témoignage 2« Ce projet a fait de moi un défenseur des droits de la femme en ce sens qu’il m’a permis de me remettre de mes erreurs.C’est un changement de comportement durable qui a complètement modifié ma vision des formes de punitions dégradantes et humiliantes infligées aux filles». témoigne un enseignant de SVT.

ATCHA Biva, Animateur à  l’ONG CREUSET TOGO

 

Séance de causerie avec Sandrine

Entretien_avec_les_filles[1]

Causerie éducative avec Sandrine

Séance_d'entretien_avec_le_groupe_des_filles[1]

Causerie éducative avec Sandrine

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